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Les transferts d’argent, « une rivière d’or qui descend sur Haïti »

Une opportunité économique pour plus de 500, 000 familles en Haïti

vendredi 28 décembre 2007

Par Djems Olivier - Alterpresse- mardi 6 mars 2007.

En 2006, les Haïtiens de la diaspora ont envoyé plus d’un milliard de dollars dans leur pays d’origine. Considérés comme une rivière d’or qui descend sur Haïti, ces fonds devraient servir au développement économique et social du pays, selon une enquête de la Banque interaméricaine de développement (BID).

Les transferts d’argent de la diaspora haïtienne de l’étranger au bénéfice de leurs familles en Haïti sont évalués à 1.65 milliard de dollars pour l’année 2006, révèle une enquête de la Banque interaméricaine de développement (BID menée auprès de plus d’un million de personnes, dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

Selon les résultats de cette enquête, conduite par le Fonds multilatéral d’investissement (FOMIN), 71% de ce montant, soit 1.17 milliards de dollars, viennent des Etats-Unis d’Amérique. Le Canada est en deuxième position avec 230 millions de dollars (14%) suivi de la France (8%).

Haïti occupe la deuxième place (31%) des pays de la région latino-américaine recevant régulièrement des transferts de leur diaspora. La République Dominicaine est en première position avec 38%, El Salvador en troisième position avec 28%, le Guatemala en quatrième position avec 24% et le Brésil en huitième position avec 2%.

« Le monde entier sait pertinemment ce que veut dire la diaspora haïtienne, ce que cela représente pour Haïti », explique Donald Terry, Manager du Fonds multilatéral d’investissement (FOMIN) lors de la présentation des résultats de cette enquête, le lundi 5 mars 2007, au Karibe Convention Center à Juvénat (à l’Est de Port-au-Prince).

« La quasi totalité des fonds transférés en Haïti par la diaspora haïtienne est utilisée à des activités spécifiques : paiement de l’écolage des enfants, construction de maisons, consommation », poursuit-il.

42% des bénéficiaires des transferts vers Haïti durant l’année 2006 ont un niveau secondaire, relève l’enquête de la BID.

« Cela montre que ce ne sont pas les plus pauvres qui reçoivent de l’argent, les gens des classes laborieuses en reçoivent également », dit le chercheur Sergio Bendixen qui a conduit l’étude.

Evoquant le caractère « scientifique » de son travail, Bendixen affirme avoir utilisé des variables qui permettent d’aboutir à des « chiffres précis ». Quelques 1727 adultes ont été interrogés durant cette enquête menée entre novembre et décembre 2006.

Presque la moitié des Haïtiens interrogés ont au moins un membre de leurs familles à l’étranger, 55% n’en ont pas. Pourtant 31% reçoivent régulièrement de l’argent.

Ils reçoivent en moyenne 150 dollars américains et ceci 10 fois l’an. L’enquête de la BID montre également que 14% de ces Haïtiens ayant des familles à l’étranger ne reçoivent pas de transfert.

« Ce sont des gens qui gagnent difficilement leur vie à l’étranger qui envoient de l’argent en Haïti. Beaucoup d’entre eux sont des sans-papiers. Ils envoient ce qu’ils peuvent, car ils n’ont pas gagné beaucoup », raconte Sergio Bendixen.

Ces experts de la Banque interaméricaine de développement exhortent les 1.65 millions d’Haïtiens, qui reçoivent ces transferts, à investir une partie de ces fonds dans le secteur financier.

Par contre, ils reconnaissent que ces transferts ont permis aux bénéficiaires de lutter contre la hausse du coût de la vie, d’envoyer leurs enfants à l’université, de construire des maisons ou de payer le loyer.

« Nous devons faire en sorte à ce qu’une partie de ces fonds rentre dans le système financier. Essayons de faire autre chose avec ces sommes, essayons d’offrir d’autres options à ceux qui envoient de l’argent en Haïti », propose Sergio Bendixen.

Près de 54% des bénéficiaires, des 1.65 milliards de dollars américains transférés vers Haïti, ont un revenu annuel ne dépassant pas 500 dollars. Cela signifie que les transferts d’argent sont une opportunité économique pour plus de 500, 000 familles haïtiennes.

Sergio Bendixen ajoute, par ailleurs, que 31% des bénéficiaires gagnent annuellement 1000 dollars américains.

« Il est plus facile pour ceux-là qui perçoivent cette somme d’avoir un carnet de banque. L’important c’est de voir comment nous pourrons aider les plus pauvres », prévient-il.

Les transferts effectués vers Haïti sont très coûteux.

A date, les maisons de transfert sont les plus expérimentées en la matière ; les clients sont plus que satisfaits du service offert par les maisons de transfert. Mais, cela coûte très cher pour un Haïtien d’expédier de l’argent à ses parents en Haïti, admet l’étude de la BID.

« C’est beaucoup plus cher pour les Haïtiens d’envoyer de l’argent en Haïti que pour les Mexicains. Les Haïtiens paient 6.4%, tandis que les autres pays de la zone 5.6% », soutient Donald Terry, tout en estimant que les banques commerciales et les institutions évoluant dans le domaine de la micro-finance donnent un apport considérable à cet effet.

De nombreux Haïtiens utilisent des circuits informels pour expédier de l’argent en Haïti.

« Il est difficile pour les sans-papiers haïtiens d’avoir un compte en banque. Nous espérons qu’ils pourront à l’avenir ouvrir leurs comptes bancaires », souhaite, conscient de la situation, Bendixen, l’expert de la Banque interaméricaine de développement.

Le Manager du FOMIN estime, quant à lui, que si les Haïtiens avaient des possibilités économiques, ils ne pourraient jamais s’immigrer vers d’autres pays à la recherche d’une vie meilleure.

Interrogé sur la possibilité d’utiliser ce couloir à des fins de blanchiment d’argent, Donald Terry indique que cela ne peut se faire en aucun cas.

« Le blanchiment d’argent n’a rien à voir avec le transfert. Il n’y aucun moyen de blanchiment d’argent à travers les transferts, il n’y a aucun moyen », tente d’assurer le fonctionnaire de la BID.

Cependant, le Manager du FOMIN n’écarte par la possibilité pour les contrebandiers d’utiliser d’autres subterfuges, dont les institutions financières ou de petits avions pour atteindre leurs objectifs.

« Cela n’arrive même pas une seule fois où des gens déguisent le blanchiment d’argent sous forme de transfert », martèle Donald Terry.

L’enquête de la BID a été conçue dans l’objectif d’encourager le gouvernement haïtien, les entreprises privées et les Haïtiens en particulier à investir une partie des 1.6 milliards de dollars transférés vers Haïti dans le secteur financier.

Les bénéficiaires interviewés, dans huit des 10 départements géographiques du pays, se situent dans les tranches d’âge allant de 18 à 65 ans ou plus.

Plus de 90 % de la population haïtienne, estimée en 2003 à 8.4 millions d’habitants, vit dans les huit départements ciblés. Aucune interview n’a été faite dans les départements du Nord-Est et du Nord-Ouest où habite 7% de la population haïtienne.

Sources : http://www.alterpresse.org/spip.php ?article5741


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